mercredi 5 mai 2010
Michoacán, l'état où le papillon est roi (ou plutôt, "monarque") (Partie 2)
Par Ephack, mercredi 5 mai 2010 à 19:24 :: Michoacán
Nous voilà donc en route pour Morelia, capitale de l'état de Michoacán où nous passons un WE prolongé. L'autocar arrive à l'heure et nous prenons un taxi pour nous rendre à notre hôtel, sur la place principale près de la cathédrale. Arrivés dans le centre, surprise -y compris pour le taxi apparemment- le centre est fermé à la circulation. "Vous n'êtes pas loin", nous assure le chauffeur. Nous descendons donc et marchons avec nos bagages à la recherche de l'hôtel qui effectivement n'est pas loin. Le soir en WE, le centre-ville est piétonnier. Quelle bonne idée! Après nous être reposés un peu, nous descendons dans la rue et nous nous faisons aborder par un couple en grand habit du XVIIIème siècle. Ce soir à 22 heures il y aura une "nuit des légendes". Un spectacle bien évidemment à ne pas manquer. Nous les remercions et nous empressons de nous installer à une table du restaurant. C'est qu'il commence à faire faim!

Arrachera
L'arrachera n'a rien de typiquement Michoacano, mais c'est toujours un régal avec des haricots et l'inévitable guacamole... Un peu plus original et non moins bon, le poulet au mole de cacahuète:

Poulet au mole de cacahuète
La journée est déjà bien avancée. Mais rassasiés, nous pouvons attaquer notre programme culturel. Direction : le marché aux sucreries! Ben quoi, bien sûr que c'est culturel, les sucreries! On ne peut pas visiter une ville mexicaine sans s'enquérir de ses spécialités sucrées (qui se souvient de Puebla?). Et à Morelia encore moins puisqu'un marché entier y est consacré! La spécialité du coin, c'est la Moreliana (quelle imagination!), une sorte de galette mince de lait sucré et cuit. Frais, ça fond sous le palais, c'est très bon! Voilà, on a déjà dépensé tout notre budget "cadeaux & souvenirs..."! Le marché ferme, il nous faut déjà sortir. Comme nous n'avons rien à faire, nous décidons d'attendre 22 heures et d'aller à la fameuse "nuit des légendes". Il s'agit en fait d'une sorte de spectacle ambulant où la troupe d'acteurs et de musiciens nous entraîne en divers point de la vieille ville pour conter certaines légendes des temps passés.

Le narrateur de la nuit de légendes
C'est un spectacle agréable, plein d'humour et en musique.

Les musiciens
On y apprendra entre autres l'histoire de l'amoureux qui s'est jeté du haut de la cathédrale, du moine qui a vendu son âme au diable, du frère moqueur contre qui se retournera le sort... Chaque soirée a son thème, nous étions visiblement dans le religieux. Il faut dire que le centre de Morelia -tout comme Puebla et d'autres villes coloniales- est truffé d'églises et d'anciens monastères. Le tout à force de grands gestes, galipettes et contribution du public. De plus, Morelia de nuit est jolie et bien éclairée, ce qui ajoute au spectacle. Malheureusement, je n'ai toujours pas trouvé le moyen de prendre de jolies photos de nuit. Voici quand même quelques essais...

Les arcades de l'université

Un ancien monastère, aujourd'hui maison de la culture

La bibliothèque de l'université, la plus ancienne du Mexique
Je conseille grandement ce spectacle à qui passerait par Morelia. C'est intéressant, amusant, et c'est une bonne manière de découvrir la ville de nuit. Évidemment c'était en espagnol, mais il y a sûrement des spectacles dans d'autres langues pendant les vacances... En rentrant à l'hôtel, nous en profitons pour prendre une dernière photo de la cathédrale.

La cathédrale de Morelia de nuit
Le lendemain, frais et dispos, nous décidons de nous rendre à ce qui est semble-t-il l'attraction principale du Michoácan : le lac de Patzcuaro et l'île de Janitzio. Comme nous ne savons pas la fréquence des bus et que la gare routière est un peu loin, nous décidons de nous y rendre en taxi. Claudia part donc en recherche alors que je me cache derrière un arbre. Si je l'accompagne, le prix est facilement doublé. Il vaut mieux que j'apparaisse après que le prix ait été fixé. Nous tombons sur un taxi bavard qui apparemment a été guide touristique auparavant et qui connaît bien la région. À l'écouter, on aurait envie de rester un mois en Michoácan! Il nous parle d'une église dans un village au pied d'un volcan (San Juan Parangaricutiro (qui a réussi à le prononcer bien du 1er coup?)). Lors d'une éruption en 1944, la lave a envahi le village, s'est introduite dans l'église et s'est arrêtée juste devant l'autel. Il y a là matière à créer un pèlerinage mondial. Il nous parle d'un couple d'Australiens, venus au Mexique spécialement pour cette église et qui y dansera une valse pour honorer un vœu. Ils l'ont plus tard invité à leur mariage. On apprendra aussi pêle-mêle qu'il est en fait avocat et ne fait le taxi que pour arrondir ses fins de mois, et qu'une de ses filles s'est mariée à un Américain qui l'a emmenée dans son Alaska natale et dont elle n'est jamais revenue. Il a deux petits-enfants là-bas, très mignons paraît-il, mais qu'il ne connaît qu'en photos. On en apprendra bien plus encore mais je ne voudrais pas vous lasser... :o)
Revenons donc à notre voyage. Le taxi nous dépose à l'embarcadère pour l'île de Patzcuaro. Il nous attendra là pour nous ramener à Morelia plus tard. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les taxis sont abordables au Mexique. Je n'ose imaginer combien ça nous aurait coûté en France...
Bref nous voici partis sur notre péniche en direction de Janitzio. Le soleil brille, il y a à bord un groupe de musiciens norteño pour l'ambiance (à votre bon cœur), le ciel est bleu et l'eau est... euh... l'eau est liquide. On va s'en tenir là. Sa couleur n'a pas vraiment d'importance.

Embarcadère pour l'île de Janitzio
Au détour d'un arbre, on aperçoit l'île pour la première fois.

L'île de Janitzio de loin
La grande statue que vous voyez est bien entendu l'attraction principale. Il s'agit d'une statue monumentale de José María Morelos y Pavón (ou plus simplement Morelos. Vous aurez deviné qu'il a donné son nom à la capitale de l'état). C'est l'un des grands héros de la guerre d'indépendance. Il a même sa tête sur les billets de 50 Pesos, c'est vous dire. Mais nous reviendrons sur lui un peu plus tard. Pour le moment, apprécions l'approche de l'île et le jeu des nuages (non, ne baissez pas la tête vers l'eau).

On s'approche de plus en plus et je suis de plus en plus déçu : l'un des gros points de mon guide sur Patzcuaro, ce sont les pêcheurs qui utilisent des filets traditionnels "typisch". Mais j'ai beau chercher, pas une seule barque de pêcheurs à l'horizon. Je sais bien que l'eau est polluée et qu'il n'y a presque plus de poisson, mais quand même...

Vue générale de l'île de Janitzio
Au lieu d'aller directement à l'embarcadère, notre bateau fait un tour complet de l'île, histoire qu'on en ait pour notre argent.
Et là, surprise, alors qu'on allait arriver, surgissent une dizaine de barques avec à bord les fameux filets typisch. D'accord, c'est juste pour les touristes, mais justement y'a pas de honte à prendre des photos...

Les pêcheurs du lac de Patzcuaro
Les filets de loin paraissent de grands papillons plats. On les introduit dans l'eau...

Et en fait on se rend compte que le filet était noué et qu'il est très très grand!


Tellement que même debout dans sa barque, le pêcheur ne le sort toujours pas de l'eau!

L'un d'eux tout de même a pêché un pauvre poisson (ou l'avait-il au fond de sa barque?) Et il passera dans les rangs récolter la juste récompense de sa glorieuse récolte. Remarque : le poisson est tout petit mais c'est normal. Il est surtout mangé en friture.

Pêcheur victorieux
Une fois à terre commence l'ascension jusqu'à la statue. Ça monte!...

Les escaliers de Janitzio
Mais une fois en haut, la vue est très belle, tant sur les environs que sur Morelos.

La statue de Morelos sur l'île de Janitzio
On peut même grimper dans le bras de Morelos pour avoir une vue encore plus imprenable.
Pour ce qui nous concerne, nous restons à ses pieds et préférons admirer une danse des petits vieux (à noter : le terme de "petit vieux" (viejito) n'a absolument rien de péjoratif en espagnol, c'est même au contraire un terme affectif). Cette danse traditionnelle est très populaire au Mexique et il faut reconnaître qu'elle est très originale, rythmée et souvent assez drôle. Les danseurs portent un masque en bois représentant un visage de petit vieux aux joues roses et aux longs cheveux blancs. Le chapeau aux bandes colorée est aussi inséparable de cette danse, ainsi que la cane.

Enfants représentant la danse des petits vieux
Et les petits vieux, bien en forme, entament des danses endiablées, rythmées par le bruit de leur sandales en bois qui font office de claquettes.


La danse traditionnelle a une chorégraphie précise mais bien souvent les danseurs improvisent pour donner un caractère comique à la danse en se poussant, en faisant semblant de ne plus pouvoir se relever, en se disputant, etc...

Nous rentrons déjà vers Morelia avec notre taxi qui nous a effectivement attendu. Il aura essayé pendant tout le voyage de nous faire faire le tour du lac en taxi mais nous avons fermement refusé : nous avons encore beaucoup à voir à Morelia et nous partons demain! Nous finissons tout de même par céder à son offre de nous faire passer par le centre ville de Patzcuaro. Ce ne sera en fait qu'une perte de temps : un embouteillage énorme pour entrer en ville nous fera finalement renoncer au projet. Arrivés à Morelia, nous demandons à notre taxi de nous déposer quelque part où nous pouvons déguster des carnitas. C'est l'une des spécialité de Michoácan. Attention, estomac fragile s'abstenir, il s'agit ni plus ni moins que de viande de porc frite. Et encore, nous avons demandé des morceaux que nous savions ne pas être trop gras...
La pause culinaire passée, il nous faut marcher pour digérer et découvrir ce que l'on peut en quelques heures de Morelia. La ville est classée patrimoine de l'humanité par l'UNESCO et c'est vrai qu'elle est très belle. Allez, je vous remets la cathédrale pour vous remettre dans l'ambiance, de jour cette fois-ci.

Cathédrale de Morelia
Le centre colonial de Morelia est l'un des plus étendus et on y trouve les habituels couvents, palais du gouverneur, églises, universités, etc... Mais Morelia possède aussi un élément architectural original qui est devenu son symbole : un acqueduc.

L'acqueduc de Morelia
Il est très bien conservé bien que bien entendu plus utilisé de nos jours. On peut aussi admirer à Morelia le sanctuaire de la Vierge de Guadalupe, d'une extravagance euh... extravagante! Une messe était en cours et nous n'avons malheureusement pas pu visiter toute l'église.

Sanctuaire de la Vierge de Guadalupe
Pour ceux qui veulent mieux se rendre compte du lieux, cette vidéo prise par un touriste vous en révèlera les moindres détails (et il y en a, des moindres détails) : le sanctuaire en vidéo
Enfin, le touriste conscient de l'histoire ne peut pas manquer de passer par la maison natale de Morelos. Une plaque commémore le lieu précis de sa naissance, et il y brûle une flamme éternelle. En face, on peut admirer la drapeau qui le suivra dans ses pérégrinations à travers le Mexique. Morelos est un personnage très important de la guerre d'indépendance et a été élevé au rang de héros national. Une ville et un état portent son nom. Même si comme la plupart des héros, il n'a jamais vu le résultat de son combat (il est mort fusillé en 1815, 6 ans avant l'acceptation de l'indépendance par l'Espagne), il est aujourd'hui chéri par des millions de Mexicains, et plus encore cette année où l'on fête le bicentenaire de l'indépendance (avec un peu d'avance mais ainsi cela fait double avec le centenaire de la révolution...)

La flamme éternel dans la maison natale de Morelos
Enfin, comme souvent, je vous quitte sur une note culinaire avec un dessert surprenant : les chongos. C'est une fois de plus un dessert à base de lait (c'est fou tout ce que l'on peut faire avec du lait). C'est très bon et en plus dans ce cas très joliment présenté dans une coquille de caramel.
Chongos zamoranos


Allez, bon appétit et à bientôt pour de nouvelles aventures!

















