vendredi 27 avril 2007
Taxco, entre argent et tradition. Partie 3
Par Ephack, vendredi 27 avril 2007 à 21:59 :: Guerrero
Bon, j'ai encore plein de photos de Taxco, alors je vous en mets quelques-unes, tout en vous parlant un peu de l'histoire de Taxco (attention, séquence culturelle).
Taxco existait déjà à l'époque des Aztèques et fournissait en or les grandes villes de l'empire. Les Espagnols bien entendu ne pouvaient passer à côté d'un tel filon et commencèrent l'exploitation systématique des filons, qui durera plusieurs siècles. L'attraction principale de la ville est l'église Sainte Prisca qui date du milieu du 18ème siècle :

Déjà de l'extérieur, ses tours et son fronton en grès rose très ouvragé, ses coupoles qui brillent au soleil font forte impression. Et comme elle est plus haute que le reste, on la voit d'un peu partout ce qui peut donner parfois des rencontres amusantes au coin d'une rue ou derrière un mur avec un bout de tour ou de coupole.

Mais le véritable trésor de Sainte Prisca se trouve à l'intérieur. Là il faut préciser un peu les choses. Sainte Prisca a été entièrement financée par un seul homme : Don José de la Borda, ou en français, Jean Laborde. Mais faut reconnaître que ça en jette moins que la version espagnole. Don José était pourtant bien Français, bien qu'il l'ait caché toute sa vie pour des raisons inconnues. On a retouvé son acte de naissance à Oloron Sainte Marie, dans les actuelles Pyrénées atlantiques. Donc quand même pas trop loin de l'Espagne il faut bien reconnaître aussi. Débarqué à Taxco pour travailler dans les mines, il va faire montre d'un grand esprit minier et développera de nombreux outils et mécanismes pour améliorer le rendement des mines. Découvrant plusieurs filons par chance, il va amasser une fortune colossale, devenant probablement l'un des hommes les plus riches des Amériques. Mais Don José n'est pas radin et, fervent croyant, il va avec la bénédiction du pape, financer entièrement la construction de l'église Sainte Prisca de Taxco. Il faudra 10 ans pour bâtir l'édifice, 10 ans pendant lesquels tous les arts vont se relayer, les ébenistes, les orfèvres, les peintres, les tailleurs de pierre... Il est estimé que l'intérieur de l'église "croule" sous quelques 23 tonnes d'or! La plupart étant sous forme de feuille d'or, je vous laisse imaginer la surface. C'est juste un peu dommage qu'il n'y ait pas un peu plus de lumière qui rentre dans l'édifice pour mettre ces trésors en valeur.

Ça c'est le maître-autel. Mais imaginez-vous qu'il y en a encore une dizaine d'autres à peine moins grands. Tous les murs sont intégralement couverts. L'orgue aussi est tout en or, fabriqué en Europe et transporté pièce par pièce à dos de mules depuis le port de Veracruz... Moi ce que je trouve le plus extraordinaire, c'est que le tout ait survécu dans son intégrité jusqu'à nos jours...
Don José connaîtra par la suite des fortunes diverses, frôlant plusieurs fois la faillite, mais trouvant toujours finallement le moyen de remplir ses caisses, si bien qu'il sera surnommé le "Phénix des miniers américains". À sa mort, et selon son testament, il sera enterré à Cuenarvaca, la grande ville la plus proche. Les habitants ont maintes fois tenté de faire revenir le corps de leur bienfaiteur dans leur ville, mais sans succès, encore récemment.

Les musées de Taxco ne sont pas toujours d'un grand intérêt, mais les bâtiments où ils sont placés sont souvent très agréables. J'ai notamment beaucoup apprécié la maison Humbold, nommée ainsi après que le célèbre explorateur allemand y ait passé une nuit... D'extérieur, la maison ne paie pas de mine : de grands murs blancs percé de rares fenêtres. L'intérieur est assez sombre : il faut garder la fraîcheur. Mais quand on débouche de l'autre côté, surprise, on est en fait au dernier étage de la maison, construite à flanc de colline! différents escaliers un peu labyrinthiques mènent aux différentes terrasses et salles basses. la vue sur la ville en contrebas est très agréable. Je crois que c'est la première maison que je rencontre au Mexique dont j'aimerais bien faire ma résidence secondaire...

Il y a de nombreuses églises à Taxco, toutes très différentes. Est-ce que celle-ci (iglesia de Chavarrieta) ne pourrait pas aussi trouver sa place quelque part sur une île grecque?

De tout ce panorama, il manque encore les orfèvres de l'argent, mais là je n'ai pas de photos. Les principales artères de la ville, ainsi que deux marchés couverts, offrent une grande variété de produits d'orfèvrerie, allant de la babiole à quelques Euros (et probablement en plaqué argent) à des compositions d'artistes atteignant des sommes beaucoup moins accessibles. Pour éviter la fraude, les objets en argent véritable doivent porter un poinçon indiquant le taux d'argent pur (92,5% minimum). L'offre croule sous les colliers, les bagues, les bracelets, les boucles d'oreilles... C'est très varié dans les formes, mais pas trop dans les fonctions. Mais il faut reconnaître qu'il y a de très belles choses. Pas étonnant que Taxco soit si réputée! Les ateliers d'orfèvres sont pourtant assez récents. L'argent autrefois n'était qu'extrait, mais pas travaillé. C'est dans les années 1930 qu'un Américain a ouvert le premier véritable atelier d'orfèvrerie de la ville. Et on peut dire que ça a été un succès : aujourd'hui, 80% de la population vivrait du commerce de l'argent!

Il y a encore d'autres attractions à Taxco, comme son vieux téléphérique (fabriqué en Suisse!) qui monte à l'hôtel 5 étoiles qui domine la ville du haut d'une falaise, mais pour les connaître, il faudra que vous vous déplaciez vous-même! Mais si vous venez vraiment, je veux bien être votre guide!
Mon retour rapidement, en guise d'épilogue. Comme d'habitude, je veux en profiter jusqu'au bout, tant qu'à faire, et prend un bus 4 heures avant le départ de mon avion. À l'aller, on a mis 2 heures 1/2, plus 3/4 d'heure de taxi pour joindre l'aéroport. Ça me laisse 3/4 heure de battement, ça devrait suffire. Sauf que je n'ai pas pensé que si c'était un WE prolongé pour moi, ça l'était aussi pour la plupart des Mexicains. Et que si Juárez ne connaît pas trop de bouchons (sauf à la frontière bien sûr), Mexico est une ville autrement plus grande (bof! à peine 18 millions d'habitants de plus...). Vous l'avez compris, le trajet en bus a été un peu plus long que prévu. On est finalement arrivé à 19h30 à la gare routière, 1/2 heure avant le départ de mon avion. Je me précipite dans un taxi et explique au chauffeur que "tengo prisa" (je suis pressé). Vous vous souvenez dans le film Taxi, de la scène où le chauffeur amène un client à Marignane en un temps record? Ben là c'était tout pareil. Pourtant il avait pas les turbos qui apparaissent sur les côtés, mais c'était tout comme. À ce niveau-là, les réglementations n'ont plus beaucoup d'importance et le zig-zag entre les voitures une obligation. Pourtant on n'allait pas très vite : l'aiguille du compteur de vitesse, sans doute fatiguée des mauvais traitements, restait invariablement sur zéro! Le chauffeur m'a finalement déposé à 8heures moins cinq devant l'aéroport, ayant mis trois fois moins de temps que le taxi de l'aller, qui pourtant roulait déjà bien vite. Comme je n'avais pas de Check-in à faire, j'avais encore une chance. Il faut juste que je trouve ma porte. Je cherche fiévreusement sur le panneau d'affichage et voit... que le vol est retardé d'une demi-heure! Il le sera en fait de près d'une heure, mais bon, pour cette fois, je ne pouvais pas leur en vouloir!...

















