Bilan financier mitigé

Je vous avais promis de revenir plus en détail sur la consommation de la Leaf une fois que j’aurais reçu ma première facture. C’est chose faite, on va donc analyser un peu tout ça.

La facture que je viens de recevoir est de 1 076 Pesos pour 2 mois. Pendant ces 2 mois, j’ai fait 1 600 km environ, ce qui donne un coût de 67,3 Pesos pour 100km (ou 3,2 €). Si on compare à une voiture essence (pas de diesel au Mexique) de même gabarit, on peut estimer une consommation moyenne en ville de 7L/100km (Sans doute un peu plus car il faut compter la clim à fond tout le temps). Le litre d’essence à Juárez est à 12 Pesos, d’où un coût de 84 Pesos pour 100 km (ou 4 €). La différence est bien là, environ 20%, mais pas autant que ce que j’avais estimé.

En cause : le tarif appliqué par la CFE (Commission Fédérale d’Électricité) pour le 220V que réclame Titine (rappel : en Amériques, les prises fournissent du 110V). En fait, le tarif domestique est largement subventionné par l’état et on ne paie (selon la CFE) que 25% de ce que cela coûte réellement. Mais pour la voiture électrique, pas de subvention! Donc on paie l’électricité 4 fois plus cher… En plus, plus on consomme, plus on paie cher le KWh. Avec mes simples 1 600 km, je suis déjà dans la zone des plus grands consommateurs et ai donc droit au tarif le plus élevé! D’habitude dans les magasins, plus on achète, moins on paie (la pièce 🙂 ). Mais ici non : plus vous consommez, plus vous payez cher le KWh!

C’est bien simple : le tarif que me facture la CFE est similaire à ce que pratique EDF en France! Quand on sait que par contre, l’essence est environ 50 % moins chère, on comprend pourquoi en l’état actuel des choses, le véhicule électrique n’a que peu de chances de décoller au Mexique… En France, l’économie sur la consommation de la voiture électrique serait de 65%…

Reste sur le long terme l’économie en entretien : en effet, dans une voiture électrique, pas d’huile et peu de pièces mécaniques d’usure, donc des coûts très réduits. Sauf le jour où vous voulez changer la batterie qui coûte les yeux de la tête. Mais l’expérience des premiers acheteurs semble montrer qu’elles durent même plus que les 10 ans promis sur le papier.

Par contre, côté « écrire l’Histoire de Juárez », les choses vont plutôt bien : on me pose très souvent dans la rue de nombreuses questions sur ma voiture et on commence même à me reconnaître : L’autre jour sur un parking, une personne s’approche et me demande sans grande originalité :
– C’est une voiture électrique?
Je suis bien obligé de confirmer. Par contre, la deuxième question était beaucoup moins attendue :
– Vous êtes Français n’est-ce pas?
Celle-là, on ne me l’avait encore jamais faite! Encore une fois, je suis obligé de confirmer, mais je m’empresse de demander comment il a pu deviner.
– Oh c’est que samedi dernier il y avait une émission de radio sur l’environnement et ils ont parlé des voitures électriques, qui sont bien plus répandues en Europe qu’au Mexique. Mais ils ont aussi mentionné qu’il circulait à Juárez une seule et unique voiture électrique, et qu’elle appartenait à un Français…

Voilà, c’est le début de la célébrité. Comment ces messieurs de la radio ont-ils obtenu cette information? Ont-ils des contacts avec Nissan? Ou peut-être lisent-ils mon blog? 🙂

Amis de la station 99.1 Planeta, si vous lisez ce blog (même si j’imagine qu’alors ce sera plutôt en Espagnol), laissez-moi au moins un petit commentaire! 😉

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Une voiture très suspecte

Ce WE je me suis lancé à passer la frontière avec ma voiture électrique. Ce qui me faisait le plus peur, c’était l’attente à la frontière et de voir ma batterie fondre au soleil sans avancer de 2 cm. La deuxième crainte, c’était de tomber en rade du mauvais côté de la frontière, El Paso étant aussi étendue que Juárez et bien entendu, les boutiques les plus intéressantes sont à l’opposé de la ville.

Pour le premier point, je n’ai rien pu tester : il n’y avait personne à la frontière ce jour-là. J’en étais le premier surpris, mais dans ce sens-là, je ne vais pas me plaindre. Je ne sais donc toujours pas comment se comporte la batterie dans un bouchon. La théorie veut que ce soit 0 : en effet, le moteur électrique a cet avantage de ne rien consommer si on n’avance pas. Sauf que pour survivre une ou deux heures à 35 degrés en plein cagnard, il faut forcément mettre la clim. Et ça, ça consomme. Ce test-là sera donc pour un autre jour.

Je me suis par contre fais une idée pour le deuxième test (petit rappel pour les mémoires courtes : atteindre l’autre bout de la ville et revenir sans besoin d’être remorqué). Aucun soucis là-dessus, le test est positif. Évidemment, le fait de ne pas avoir fait la queue à la frontière a aidé. Mais l’avantage d’El Paso, c’est qu’il y a plein de bornes de recharge en ville et certaines sont même gratuites. J’en ai ainsi choisi une pas trop loin du centre commercial que je visais. Elle était sur le parking d’un magasin que je ne connaissais pas mais le nom avait l’air bien et du coup j’y suis allé faire un petit tour. Et je n’ai pas été déçu : j’ai découvert un magasin bio, proposant des produits locaux ou d’importation de qualité. J’ai ainsi pu acheter du camembert de Normandie, du rosé AOP Côte de Provence et des cookies maison. Merci la voiture électrique! Et pendant que je butinais de rayon en rayon, ma batterie se rechargeait gratuitement! Vivement qu’ils importent ce concept à Juárez!

Bon là, ceux qui suivent un peu (ou qui s’ennuient) se disent : quel est le rapport de tout ça avec le titre? J’y viens 🙂

Si je m’attendais à des difficultés à la frontière vers les USA, je ne m’attendais pas à des problèmes particuliers en revenant vers le Mexique. Comme quoi, ce jour-là, j’avais tout faux! Le but principal de mon voyage était l’achat d’un congélateur. La Leaf, sans être petite, n’est pas non plus très grande. Le congélateur rentrait tout juste à l’arrière et était donc bien visible. La douane mexicaine fonctionne avec des feux bicolores aléatoires : vous avez vert, vous passez; vous avez rouge, vous vous faîtes inspecter. J’ai eu vert, j’étais content. Sauf qu’un agent m’a vu avec mon gros carton à l’arrière et m’a quand même arrêté. C’est pas juste si j’ai eu vert 🙄

S’ensuit une conversation sur le fait que le congélateur coûtait 170 USD et que la limite autorisée sans déclaration était 150 USD. J’ai fait mon Français innocent qui ne savait pas (ce qui était vrai) et l’agent me laisse passer… mais m’envoie au scanner! Grande première pour moi. Imaginez le même scanner que pour les sacs à l’aéroport, mais taille XXL pouvant scanner 5 voitures à la fois! On scanne donc et on attend les résultats. Et puis ça met du temps. J’étais à côté de l’officier et je vois qu’il commence à devenir un peu nerveux. Il passe beaucoup de temps au talkie-walkie mais apparemment son chef ne répond pas. Les autres voitures sont libérées, mais je dois rester. Au bout d’1/4h de ce petit manège, je finis par lui demander si tout va bien. Il me demande ce que je transporte. Et il me dit qu’il va falloir ouvrir le congélateur. Le truc étant bien emballé et pas tout léger, c’est la dernière de mes envies. Je demande à voir le scanner et montre le congélateur qui est bien vide sur la photo.

Emplacement de la batterie

« Oui c’est vrai, le congélateur est vide, » concède-t-il, « mais qu’est-ce que vous cachez sous votre plancher? » Je commence à comprendre. Effectivement, tout le plancher ressort en rouge vif sur le scan.
– Ben, c’est la batterie, c’est un véhicule électrique…
– Vous pouvez me la montrer?
– Ben non, elle est sous le plancher… »
Et d’aller enlever les tapis de sol pour montrer que dessous, surprise! Y’a le plancher!
Tout cela ne fait pas l’affaire de notre officier. Après d’autres conversations au talkie-walkie, il sera décidé de passer une deuxième fois au scanner. Et après une deuxième attente, je peux enfin circuler. Le tout m’aura tout de même coûté près de 3/4h! Mais bon, c’est le prix à payer quand on veut « écrire l’Histoire »… 😛

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